Un travail de recherche* mené par la Luxembourg School of Finance (rattachée à l’Université du Luxembourg) a observé le même phénomène sur 26 marchés boursiers** entre 1980 et 2013.
« Les retraités perçoivent généralement leur retraite à la fin de chaque mois civil, ce qui peut être problématique pour le fonds », explique Dr Kalle Rinne, l’un des chercheurs ayant participé au projet. Souvent, les intérêts et dividendes d’actions perçus par les fonds de retraite ne suffisent pas à couvrir les paiements mensuels qu’ils doivent verser. Les fonds peuvent donc se voir obligés de vendre des actifs avant la fin du mois, puis de réinvestir au début du mois suivant. De ce fait, l’offre d’actions est plus importante à la fin du mois (diminution des cours) et la demande plus importante au début du mois (hausse des cours). « Ces fluctuations ont suffi à faire perdre aux fonds une part considérable des profits qu’ils réalisent chaque année sur le marché boursier », explique Dr Rinne.
L’étude a révélé que ces dernières années, ce phénomène a fait perdre aux investisseurs institutionnels des États-Unis obligés de vendre leurs actions à la fin du mois (essentiellement les fonds de retraite) près de 700 millions de dollars en moyenne sur leur profit annuel. Ainsi, un fonds de retraite qui serait en passe de gagner 10 % par an sur ses investissements grâce aux dividendes et à la hausse des cours des actions pourrait voir ce profit passer à 9,3 % en moyenne à cause de son obligation de vendre pour honorer ses paiements.
L’épargne-retraite du secteur public et privé (évaluée à 25 000 milliards de dollars américains dans l’OCDE en 2014) représente environ la moitié du total des actifs sur les marchés boursiers. Le marché des investissements du régime de retraite s’est considérablement étendu ces dernières décennies, ce qui n’a fait que renforcer les problèmes de « liquidités » relevés dans l’étude.
Mais le phénomène pourrait bien s’interrompre pour un temps. « Cet effet a été particulièrement sévère pendant la crise financière de 2007-2009 et s’est poursuivi au moins jusqu’à la fin 2013, date à laquelle les données de notre étude s’arrêtent », précise Dr Rinne. « Néanmoins, les taux d’intérêt extrêmement faibles depuis l’an dernier permettent désormais aux fonds de retraite d’emprunter pour satisfaire leurs obligations à court terme au lieu d’être obligés de vendre et acheter des actifs », ajoute-t-il. Ces faibles taux d’intérêt ont également permis aux opérateurs des marchés financiers d’emprunter, de manière à pouvoir acheter lorsque les prix sont peu élevés et vendre au début du mois suivant. Mais les fonds de retraite devront peut-être revoir leur mode de paiement lorsque les taux d’intérêt reviendront à la normale.
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